La Résistance dans la région de Callac-de-Bretagne
Les combats dans la forêt de Duault
Les parachutages dans la forêt de Duault
Loin de tout centre important, situé au cœur même de la Bretagne, au milieu du triangle que forment les communes de Duault, Saint-Servais et Saint-Nicodème, cette forêt qui s'étale sur 500 hectares de taillis broussailleux, mal desservie par des routes tortueuses, constituait un terrain idéal pour les parachutages d'hommes et de matériel, destinés au moment de la bataille de Normandie, à empêcher, avec l'aide des maquisards, les renforts allemands de rejoindre le front.
Le premier lieu de parachutage n'est pas bien défini et les premiers parachutistes furent largués, par opération "Blind", sans point de repère précis, car les responsables du parachutage ignorent l'endroit exact où se trouvent maquisards et Allemands. Par la suite c'est un grand terrain plat de 10 hectares, situé à Kerprigent en Locarn, et traversé par une route qui aboutit au village - mais sans autre issue - qui est choisi. C'est un terrain idéal pour les parachutages, à la lisière de la forêt. On envisagea même d'y faire atterrir des planeurs, mais l'odyssée tournera court, comme nous allons le voir.
Le premier parachutage eut lieu le 6 juin 1944, jour du débarquement en Normandie, à 1 heure 45. Dix huit hommes furent débarqués ce jour là avec pour mission de préparer le terrain. C'est une équipe de "Jedburgh", l'équipe Frederick, qui comprend des représentants des trois armées : américaine, anglaise et française. On y trouve entre autres, le lieutenant français Aguirec, - qui sera tué plus tard en Indochine -, le major anglais Wise et le sergent américain Kehoe, plus spécialement chargé des liaisons radio avec Londres. Cette équipe devait aussi encadrer les résistants du secteur.
Elle prépara le terrain de parachutage "Samwest" à Kerprigent.
Le premier contact des maquisards FTP avec les éléments parachutistes eut lieu à Goas-an-Guibou en Locarn.
Le deuxième parachutage eut lieu dans la nuit du 7 au 8 juin ; 50 hommes sont parachutés, c'est l'équipe numéro 2 de "Jedburgh". Elle est commandée par le capitaine Leblond. Au cours du parachutage le caporal Meunier est tué accidentellement. Il sera enterré à Locarn.
Le troisième parachutage eut lieu dans la nuit du 8 au 9 juin : 50 hommes sont encore parachutés, dont l'équipe "Georges", plus spécialement chargée de l'encadrement et de l'instruction des maquisards, dont beaucoup ignoraient le maniement des nouvelles armes parachutées en même temps que les hommes ; et un renfort de SAS pour le maquis de Saint-Marcel dans le Morbihan.
D'autres parachutages étaient prévus, mais les Allemands eurent vent de l'affaire. Et dès le 10 juin, au cours d'une rafle au bourg de Duault, ils arrêtèrent deux otages : Jean Bonnet, 31 ans, originaire de Paris, réfugié à Callac et Jean Gragne, 22 ans, né à Beauvais, réfugié à Duault. On devait plus tard retrouver leurs cadavres dans la fosse de Plestan.
Le 11 juin, nouvelle rafle à Duault et arrestation de deux otages : Le Coz Pierre père et fils, âgé de 17 ans. Tous les deux furent torturés et on devait aussi retrouver leurs cadavres à Plestan.
Mais les Allemands ignoraient toujours ce qui se tramait dans la forêt, lorsque le 11 juin au soir, un convoi, venant de Callac, traversait le bourg de Duault. Une voiture précédait le convoi et indiquait la direction à suivre au moyen de flèches. L'une de celles-ci fut malencontreusement déplacée - peut-être par un maquisard - et une voiture allemande s'engagea en direction du village de Kerhamon. Ses occupants égarés dans ce village perdu près de la forêt s'arrêtèrent pour demander la route dans une ferme. Et ils tombèrent sur un nid de quatorze patriotes rassemblés dans la ferme. Esquisse de combat. Un Allemand blessé. Les autres jettent une grenade qui n'éclata pas mais les patriotes se réfugient dans la maison. Tandis que les Allemands déguerpissent et donnent l'alerte.
Le lendemain 12 juin, les Allemands reviennent en force. Après avoir traversé le bourg ils se dirigent vers la forêt. En cours de route ils abattent un jeune homme qui travaillait dans son champ, mais qui voulut s'enfuir - Robert Chenu - et arrêtèrent Théophile Le Barzic et Jean Le Goff.
Puis ils perquisitionnent à Guernoquin, où ils arrêtent le maire rencontré par hasard.
Ils arrivent à Kerhamon vers 9 heures 30 ; quatre parachutistes et deux patriotes y sont en ravitaillement. C'est la première escarmouche entre les Allemands et les éléments parachutés. Les Allemands incendièrent une ferme à Kerhamon. Le combat dura une demie-heure, sous un feu nourri. Trois des quatre parachutistes et les deux Patriotes furent tués ou achevés, et certains eurent une mort atroce : Louis Wery, blessé à la cuisse, s'écroule dans un tas de paille en feu et est brûlé vivant ; André Bondon, blessé, fut tué d'un coup de poignard et exposé sur la route ; Henri Auffret, blessé fut achevé ; Désiré Toupin et Jean Nicolas furent tués.
Vers 10 heures 30
Les lieutenants parachutistes Botella - futur défenseur de Dien-Bien-Phu et aujourd'hui commandant - et Lassere, organise une action combinée par le bas du bois - route de Saint-Servais - et Botella par le bois à l'ouest de la ferme.
Une centaine d'Allemands avaient pénétré dans le bois en petites colonnes. Botella les attaque par derrière avec deux fusils-mitrailleurs.
Le lieutenant Moreau, du maquis de Peumerit-Quintin et ses hommes étaient là aussi. Ils avaient d'ailleurs protégé pendant plusieurs jours, comme les maquisards callacois, les parachutages.
La bagarre au fusils-mitrailleurs et à la grenade dura jusqu'à midi. A midi le lieutenant Botella fut blessé par une balle dans la hanche. Le lieutenant Moreau, qui se trouvait près de lui, appliqua tant bien que mal, un pansement individuel sur la plaie, car les Allemands perchés, dans les arbres continuaient à tirer. Néanmoins les lieutenants Moreau et Le Dissez réussirent à traîner le lieutenant Botella hors de la zone de combat. D'où des brancardiers le transportèrent au poste de secours.
Puis les lieutenants Moreau et Le Dissez revinrent à proximité de la ferme et vidèrent leurs chargeurs sur le moteur d'un camion du convoi allemand et y mirent le feu - vingt ans après les restes de la carcasse de ce camion sont toujours visibles sur les lieux -. Les Allemands, furieux, arrêtèrent les fermiers et leurs domestiques. Pierre Le Guillou, Le May et André Henry, et incendièrent la deuxième ferme de Kerhamon. Le maire est relâché pour faire place aux Allemands blessés et tués et aux fermiers prisonniers. Mais il dut rester là pendant tout l'incendie.
Après l'incendie, les Allemands s'en retournent vers Duault. Ils rencontrent en cours de route entre Kerhamon et Guernhir, l'équipe Lassere et Robert, ce qui déclenche une nouvelle bagarre. Patriotes et résistants s'emparent d'un camion, délivrent Pierre Le Guillou, Le Lay et André Henry. Malheureusement, au cours de la bagarre, les deux autres fermiers Théophile Le Barzic et Jean Yves Le Goff furent tués dans le camion.
Les Allemands reçoivent des renforts
Puis un convoi allemand arriva - 300 hommes environ - Le combat reprit. Marcel Ruelle, parachutiste, fut blessé et achevé Alfred Litzler, autre parachutiste blessé, fut conduit au PC où il mourut, mais les Allemands laissaient au total 42 morts sur le terrain. Ils effectuent alors une nouvelle rafle et incendièrent les fermes de Guernhir.
Plusieurs habitants s'enfuient dans les champs, mais Jean Morellec père voulaient sauver quelques affaires personnelles, revint à la ferme et fut tué par les Allemands. Plus loin, ceux-ci arrêtèrent Valentin Tydou, de Callac, 18 ans, retrouvé plus tard dans la fosse de Plestan. Puis ils attaquent à nouveau le village de Kerhamon. Le sous-lieutenant Lassere - balle dans la poitrine - et la caporal Faucheux, parachutistes, sont blessés grièvement et évacués sur le PC à Kreich-Hariou, en Maël-Pestivien. Ils sont ensuite soignés par le docteur Lebreton de Guingamp - qui opéra Lassere - et Mesdames Le Moigne et Queinnec de Peumerit-Quintin.
Dans la nuit le capitaine Le Blond décide le décrochage et la dispersion des résistants qui doivent se rejoindre par petits groupes à Sérent, dans le Morbihan.
Vers 2 heures du matin, c'est le premier départ de l'équipe "Jade" - Aguirec - ; deuxième départ vers 2 heures 30 - capitaine Le Blond - et son état-major. Puis les sections décrochent successivement jusqu'à 11 heures du soir dans la journée du 13 juin.
Les Allemands continuent les perquisitions dans plusieurs villages, font des rafles à Kerivoal - ils prennent comme otage René Molière, réfugié à Duault où il se cachait sous l'identité de Maurice Moreau - et à Kerevern où ils arrêtent Jean Pinson, Joseph Pinson, François Le Quéré, Fernand Banner. Ces cinq otages, torturés furent aussi retrouvés dans la fosse de Plestan.
Bilan total : une centaine de morts du côté allemand : 21 morts du côté allié : 5 parachutistes, 2 patriotes, 4 civils tués au cours des combats, 10 otages massacrés à Plestan.
Les maquisards évacuent la forêt de Duault
Dans la matinée du 14 juin, les maquisards de Peumerit-Quintin reviennent dans la forêt de Duault avec des camions pour récupérer les armes et munitions - environ dix tonnes -, sachant que les Allemands avaient l'intention de revenir en force. Tout fut enlevé. Malheureusement, entre Saint-Nicodème et Peumerit-Quintin, à La Croix-Tasset, l'un des camion avec la cargaison, fut attaqué par les Allemands et explosa, mettant le feu à une maison voisine. Cinq des six occupants furent tués sur le coup. Seul le chauffeur - Jouan, actuellement grainetier à Pontrieux -, quoique grièvement blessé réussit à s'échapper et à se traîner jusqu'à la ferme de Monsieur Le Moigne à Kerbargain, où il fut soigné, avant de rejoindre son maquis de Peumerit-Quintin. Envoyé à Plouguenast à 60 km de là, par le lieutenant Le Dissez, la nuit suivante, il y subit une opération qui lui permit de vivre encore à l'heure actuelle.
Le 18 juin, les Allemands organisent une descente en masse vers le forêt de Duault - environ 4000 hommes -. Ils viennent de toutes les directions pour cerner les bois, mais les maquisards, les parachutistes et les munitions avaient quitté la forêt. Les Allemands furieux en veulent alors aux cultivateurs qui ont participé à l'évacuation des armes et munitions, et hébergé des combattants. Ils incendient encore deux fermes à Leign-ar-Vonten, une à Picaigne, une à Le Coron, une à Toull-ar-Gordenn, soit cinq fermes au total en Saint-Nicodème, et mettant le feu aux landes du secteur.
Les combats de la forêt de Duault étaient terminés. Les fermes ont été reconstruites plusieurs années après.